
À l'INSA Rennes, l'IA au service de l'histoire
Publié le 05/11/2026 , Dernière modification : 06/11/2026
Lauréat de la saison 4 des OpenLabs INSA, le projet MilitAI réunit quatre chercheurs et chercheuses de l’INSA Rennes (laboratoire IRISA) et de l’INSA Lyon (laboratoire LIRIS). Ensemble, ils vont concevoir un système de reconnaissance de l’écriture manuscrite permettant de traiter automatiquement des registres de contrôle des troupes de l’Ancien Régime.
Le projet MilitAI est né de rencontres. Une rencontre avec la généalogie, tout d'abord. Enseignant-chercheur en informatique à l’INSA Rennes (après en avoir été diplômé ingénieur en 1982), Ivan Leplumey entame il y a plusieurs années un travail de fourmi : lire les registres des militaires engagés dans l’armée durant l’Ancien régime et constituer des listes numérisées accessibles à toutes et tous. “L’exercice m’intéressait, et il me permettait d’appliquer mon expertise scientifique à un sujet très concret”, raconte-t-il.
L’enseignant-chercheur se prend au jeu et constitue plusieurs revues. Ces documents numériques recensent les noms des soldats et leurs informations personnelles, mais aussi des statistiques liées à chaque régiment, ainsi que l'histoire de ces régiments extraites des livres du Général Susane. Chacune d’entre elle est dédiée à un département, à un régiment. Ivan Leplumey les met gratuitement à disposition des archivistes, départementaux notamment et des cercles de généalogie.
Sept ans après le début de son aventure, il en a constitué 240 et rédigé plus de 75 000 pages de documents. Très vite, il se retrouve noyé sous la masse des données. “Il a donc fallu définir des stratégies et penser à des outils pour les traiter, d’autant que ces documents, annotés à la main, ne sont pas toujours facilement lisibles” raconte l’enseignant-chercheur désormais émérite.
La recherche au service de l’histoire
Et c’est ainsi qu’intervient la deuxième rencontre. Avec un collègue cette fois-ci, Killian Barrere. Ce dernier effectue alors sa thèse dans l’équipe SHADOC de l’IRISA. Il y côtoie Ivan Leplumey et Yann Ricquebourg, enseignant-chercheur lui aussi impliqué dans le projet MilitAI.
Devenu maître de conférence à l'INSA Lyon, Killian Barrere est sollicité pour monter un projet ANR dédié à l’analyse des registres de contrôle des troupes militaires. Avec sa collègue Diana Nurbakova, ils se rapprochent tout naturellement de l’équipe de l’IRISA, à Rennes.
“Notre projet n’a pas été retenu par l’ANR, mais nous avons décidé de poursuivre nos travaux ensemble, détaille Killian Barrere. L’objectif était double : approfondir un sujet qui nous intéresse sur le plan scientifique et préparer une nouvelle candidature à l’ANR, en nous appuyant sur les connaissances acquises et sur des premiers travaux communs. Le financement OpenLabs INSA va nous permettre d’initier une vraie collaboration scientifique entre nos équipes.”
Mêler sciences informations et sciences humaines
Désormais, MilitAI va pouvoir lancer le recrutement d’un stagiaire, pour accompagner l’équipe dans son travail. “Les modèles d’intelligence artificielle générative, comme GPT ou Gemini, ont fait des progrès importants dans la reconnaissance et la transcription de documents, constate Ivan Leplumey. Mais ils produisent encore des erreurs, notamment lorsqu’il s’agit de textes manuscrits anciens ou difficiles à lire.”
Le travail va donc consister à identifier les limites de ces outils et à trouver des moyens d’améliorer la fiabilité des transcriptions, notamment lorsque les données disponibles pour entraîner les modèles sont peu nombreuses. L’équipe INSA pourra compter sur l’aide d’un étudiant historien de l’ENS Lyon, qui travaille d'ores et déjà sur la production de transcriptions. “La connaissance historique des données est cruciale, pour comprendre les abréviations par exemple”, explique Kilian Barrere.
Si, pour l’heure, le projet se concentre sur les sources militaires, l’équipe espère pouvoir rendre disponibles leurs travaux à toutes données historiques manuscrites. Ivan Leplumey travaille par exemple sur des listes d’admis en hôpitaux psychiatriques. “C’est une vraie enquête policière que la généalogie. Associée à l’informatique, cela devient d’autant plus fascinant”.
OpenLabs INSA, pour créer des ponts entre la recherche INSA
Initiés en 2023 à l’initiative de la commission Recherche du Groupe INSA, les OpenLabs INSA permettent chaque année de soutenir financièrement des projets de recherche menés au sein des laboratoires des INSA. Chaque projet doit associer au minimum deux scientifiques issus de deux INSA différents. Les lauréats bénéficient d’une enveloppe budgétaire pour financer ou un deux stages de recherche (master 2 ou fin d’étude d’ingénieurs).
Depuis 2023, 56 projets et 70 stages ont ainsi été financés dans le cadre des OpenLabs INSA. 109 scientifiques ont été impliqués à l’échelle du Groupe INSA, et 44 laboratoires de recherche sur les 58 que compte le Groupe INSA.
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