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Tribune : pour un enseignement supérieur à la hauteur des enjeux écologiques

Le 09 octobre 2019

L’INSA Rennes s’engage auprès de tous les acteurs de l’enseignement supérieur pour une meilleure prise en compte des enjeux environnementaux, climatiques et sociétaux. En tant que membre du bureau de la Conférence des Grandes Ecoles, M’Hamed Drissi, Directeur de l’INSA Rennes, a, d’ailleurs contribué à la finalisation de cette Tribune.

À l’occasion de cette rentrée étudiante et dans le contexte des mobilisations de la société civile les 20 et 21 septembre derniers, des organisations étudiantes, des scientifiques, des représentant.e.s de l’enseignement supérieur parlent aujourd’hui d’une seule voix. Ils.elles s’engagent et appellent à un sursaut des politiques publiques et de l’ensemble des acteurs de l’enseignement supérieur pour une meilleure prise en compte des enjeux environnementaux, climatiques et sociétaux.

Le changement climatique et l’érosion de la biodiversité, deux enjeux majeurs et étroitement liés, vont transformer nos sociétés. Les conclusions du rapport « 1,5 °C » du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et du dernier rapport de la Plate-forme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) sont sans appel : il faut agir maintenant. Pourtant, les engagements des pays dans le cadre de l’accord de Paris sont insuffisants pour permettre de limiter le réchauffement à 1,5 °C, et encore loin d’être respectés, notamment par la France, comme l’a récemment montré le rapport du Haut Conseil pour le climat. Or, il n’est pas trop tard, et une action immédiate peut encore infléchir la tendance.

Nous, étudiant.e.s, personnels de l’enseignement supérieur, scientifiques, aux côtés des associations, des organisations et des lycéen.ne.s engagé.e.s, lançons un appel pour que chacun.e à son niveau de responsabilité s’engage en faveur de la transformation massive, rapide et efficace de l’enseignement supérieur.

Il faut encourager et accompagner les étudiant.e.s à s’impliquer massivement dans les transformations écologiques, économiques et sociétales et permettre à chacun d’acquérir les capacités de réflexion et de compréhension de ces enjeux. Il est primordial que les jeunes générations acquièrent les savoirs et les compétences adaptés à une transformation globale et durable de la société.

Ambition nationale

Les établissements d’enseignement supérieur et de recherche sont conscients de l’urgence climatique et veulent s’engager sur ces questions. Des universités et des écoles ont déjà intégré ces enjeux dans leur stratégie de fonctionnement et leurs missions, malgré des moyens souvent limités. Là où se concentre l’essentiel des forces de recherche de notre pays, le système d’allocation des moyens actuel met en très grande tension les établissements. Ils ont besoin de mesures incitatives et de moyens spécifiques facilitant leur fonctionnement quotidien dans ces transformations nécessaires.

Lors de la loi de 2009 pour la mise en œuvre du Grenelle de l’environnement – dix ans déjà ! –, la France a posé un cadre réglementaire, espérant ainsi voir les universités et écoles prendre en compte les enjeux de développement durable et de responsabilité sociétale dans la politique des établissements. Il est nécessaire que le gouvernement s’engage et soutienne fortement la mise en œuvre du Plan vert pour les universités et les grandes écoles, issu de cette loi. Nous devons construire ensemble une ambition nationale partagée par les ministères, les organismes d’évaluation et les dirigeant.e.s d’établissement en application réelle de la loi Grenelle.

Il s’agit d’inclure pleinement les enjeux environnementaux et sociétaux :

  • de manière transversale dans les cursus, quelle que soit la filière, afin que les étudiant.e.s puissent être acteur.trice.s du changement dans leur métier ;
  • dans la formation des personnels et sur la manière dont ils.elles peuvent l’intégrer dans leur domaine de compétence ;
  • au service des pratiques responsables dans les activités de recherche, d’innovation et d’entrepreneuriat ;
  • dans le fonctionnement des établissements, des campus et de la vie étudiante.

Soutenons les initiatives

Commençons dès aujourd’hui par la valorisation et l’incitation systématique de l’engagement étudiant, ainsi que par l’association des étudiant.e.s à la gouvernance des établissements. Faisons évoluer l’évaluation et le classement des établissements en intégrant les critères environnementaux et sociétaux. Il est également indispensable de valoriser les activités et carrières interdisciplinaires des enseignants-chercheurs et des doctorantes et des doctorants. Autre chantier urgent : des campus exemplaires qui montrent la voie de la sobriété énergétique auprès des usager.ère.s.

L’enseignement supérieur et la recherche dans leur globalité sont un laboratoire vivant des changements sociétaux et des solutions de demain. Il est plus que jamais nécessaire que les universités et écoles françaises intègrent l’urgence climatique et écologique dans leur stratégie, et qu’elles soient soutenues par des moyens financiers, humains et des mesures concrètes à la hauteur des enjeux. Alors que le président de la République à présenté à la communauté internationale, lors du Sommet action climat de l’ONU à New York, du 23 au 27 septembre, la feuille de route de la France sur les objectifs de développement durable, unissons nos voix, soutenons les journées des 20 et 21 septembre, encourageons les initiatives étudiantes et citoyennes. Il est temps de passer à l’action et d’engager une transformation radicale de la société face à l’urgence climatique !

Les signataires :

  • Margot Duvivier, présidente du REFEDD (RÉseau Français Étudiant pour le Développement Durable)
  • Collectif, Le Manifeste pour un réveil écologique
  • Collectif, Youth For Climate France
  • Mélanie Luce, présidente de l’UNEF (Union Nationale des Etudiants de France)
  • Orlane François, présidente de la FAGE (Fédération des Associations Générales Étudiantes)
  • Gilles Roussel, président de la CPU (Conférence des Présidents d’Université)
  • Anne-Lucie Wack, présidente de la CGE (Conférence des grandes écoles)
  • Jacques Fayolle, président de la CDEFI (Conférence des Directeurs des Écoles Françaises d’Ingénieurs)
  • Jean-François Béteau, président de la FNCAS (Fédération Nationale Responsabilité Sociétale et Conseil en Action Sociale)
  • Armelle Carnet Lebeurrier, présidente du CIRSES (Collectif pour l’Intégration de la Responsabilité Sociétale dans l’Enseignement Supérieur)

Les premier.ère.s scientifiques engagé.e.s à nos côtés :

  • Valérie Masson-Delmotte (paléoclimatologue, coprésidente du groupe n° 1 du GIEC, université Paris-Saclay)
  • Jean Jouzel (climatologue, membre de l’Académie des sciences)
  • Hervé Le Treut (professeur à Sorbonne Université et à l’Ecole Polytechnique, membre de l’Académie des Sciences)
  • Jane Lecomte (professeur d’écologie à l’université Paris Saclay)
  • Gilles Boeuf, professeur à Sorbonne Université, président du Conseil scientifique de l’Agence Française pour la Biodiversité.

Vous pouvez soutenir ce texte en ajoutant votre signature ici.
 
Tribune parue dans Le Monde le 17/09/2019

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